Bagues serties de pierres de couleur
Gemmologie — Traitements

Le traitement des pierres

Presque toutes les gemmes du commerce ont été traitées. Ce n’est pas une fraude — sauf quand on ne vous le dit pas.

Il faut le dire d’emblée, parce que l’acheteur l’ignore presque toujours : la quasi-totalité des rubis et des saphirs du commerce ont été chauffés, et la quasi-totalité des émeraudes ont été huilées. Ces traitements sont anciens, admis, et parfaitement licites. Ce qui ne l’est pas, c’est de les taire.

En bref

Un traitement est toute intervention autre que la taille et le polissage. Le chauffage des corindons est permanent et universellement admis. L’huilage des émeraudes est réversible et doit être gradué. La diffusion, l’irradiation, le remplissage au verre plombeux et la teinture modifient profondément la pierre et sa valeur. En France comme dans le référentiel CIBJO, la divulgation des traitements est une obligation du vendeur, et l’appellation de la pierre en dépend.

Le principe

Améliorer n’est pas tromper

Une gemme sort de terre avec ce que la géologie lui a donné : une couleur souvent terne, des fissures, des inclusions. L’homme intervient depuis l’Antiquité — Pline décrit déjà le chauffage et la teinture des pierres. Le principe qui fait consensus aujourd’hui dans la profession est simple : tout traitement est acceptable, à condition d’être déclaré, parce que la valeur d’une pierre en dépend directement.

Deux pierres identiques à l’œil peuvent différer d’un facteur dix, voire cent, selon qu’elles sont naturelles ou traitées. Un rubis non chauffé de belle couleur est une rareté ; le même rubis chauffé est un beau bijou. Ne pas le dire, c’est vendre l’un au prix de l’autre.

Corindons

Le chauffage : universel et permanent

On porte le rubis ou le saphir à des températures très élevées, parfois au-delà de 1 600 °C. La chaleur dissout les inclusions de rutile — les fines aiguilles qui laitent la pierre —, homogénéise la couleur et peut la révéler. Un saphir géologiquement pâle, presque incolore, en ressort d’un bleu profond.

Le traitement est stable, permanent, et il ne demande aucun soin particulier. La profession l’admet depuis toujours, au point que la mention « chauffé » est la norme et que c’est la mention « non chauffé » (no heat) qui fait l’objet d’un certificat, et d’une prime de prix considérable. Un gemmologue le détecte à l’examen microscopique : les inclusions fondues laissent des auréoles caractéristiques.

Émeraudes

L’huilage : réversible, et gradué

L’émeraude est traversée de fissures — son fameux « jardin ». On les imprègne sous vide d’une substance dont l’indice de réfraction est proche de celui du béryl : traditionnellement l’huile de cèdre, aujourd’hui parfois des résines. Les fissures deviennent optiquement invisibles, la pierre paraît plus pure.

Ce traitement est réversible : la substance s’évapore, s’oxyde, ou s’échappe au nettoyage — c’est précisément pourquoi une émeraude ne passe jamais au bac à ultrasons ni à la vapeur. Les laboratoires gradent l’imprégnation en quatre niveaux, de nulle à significative, et cette gradation pèse lourdement sur le prix. Une émeraude à imprégnation significative masque beaucoup de fractures : elle est fragile, et sa beauté est empruntée.

Les autres

Diffusion, irradiation, remplissage

Ils demandent plus de vigilance, car ils changent la nature de ce que vous achetez.

La diffusion. On chauffe la pierre en présence d’un élément qui pénètre le réseau cristallin. La diffusion de titane ne colore qu’une pellicule de surface : un repolissage, et la couleur disparaît. La diffusion au béryllium, elle, traverse la pierre entière et produit des saphirs orangés ou jaunes spectaculaires. Elle est licite, doit être divulguée, et divise la valeur par un facteur important.

Le remplissage au verre plombeux. Des rubis fissurés de très basse qualité, quasiment inutilisables, sont imprégnés d’un verre riche en plomb qui les rend translucides et vendables. Le résultat est un composite, non un rubis : il fond au chalumeau, se dissout dans le jus de citron, s’abîme au moindre passage chez le bijoutier. Il vaut une fraction infime d’un rubis véritable, et il est massivement vendu comme du rubis.

L’irradiation. Elle donne le bleu intense des topazes, à partir de pierres incolores. Les pierres irradiées sont soumises à une réglementation de radioprotection et doivent être stockées jusqu’à décroissance de la radioactivité résiduelle avant mise sur le marché ; celles qui respectent ce délai ne présentent pas de risque.

La teinture et le blanchiment. Courants sur le jade — on parle de jadéite « B » (blanchie et imprégnée) ou « C » (teinte) par opposition au « A » non traité —, ainsi que sur l’agate, la calcédoine, la turquoise. La couleur peut passer.

Note d’atelierUn rubis rempli au verre plombeux ne survit pas à une intervention banale. Le chalumeau du bijoutier fait fondre le verre ; une simple mise à taille détruit la pierre. Beaucoup d’ateliers refusent désormais de travailler sur une pierre dont le traitement n’est pas connu — et ils ont raison.
Le droit

La divulgation est une obligation

Le référentiel professionnel international, les Blue Books de la CIBJO, impose la divulgation de tout traitement autre que la taille et le polissage. En France, la réglementation sur le commerce des pierres gemmes et des perles encadre les dénominations : une pierre traitée ne peut pas être vendue sous la même appellation qu’une pierre naturelle, et le vendeur doit informer l’acheteur. Une pierre synthétique, elle, doit être désignée comme telle — voyez notre page sur le diamant de laboratoire.

Cette obligation ne dépend pas de la bonne volonté du vendeur : elle relève du droit de la consommation, et la sanction est celle de la pratique commerciale trompeuse. Pour un achat significatif, exigez un rapport de laboratoire — il précise systématiquement les traitements détectés, ou leur absence.

Tout traitement est acceptable. Aucun silence ne l’est.

Vos questions

Foire aux questions

Tous les rubis et saphirs sont-ils chauffés ?
La très grande majorité. Le chauffage est permanent, stable et admis par toute la profession. Ce sont les pierres non chauffées qui font l’objet d’un certificat spécifique et d’une prime de prix importante.
Peut-on nettoyer une émeraude aux ultrasons ?
Non, jamais. Les ultrasons et la vapeur chassent l’huile ou la résine qui masque les fissures, et peuvent propager celles-ci. Eau tiède, savon doux, brosse très souple — voyez notre page entretien des bijoux.
Un rubis « rempli au verre » est-il un vrai rubis ?
C’est un composite de corindon et de verre plombeux, obtenu à partir de matière de très basse qualité. Il est extrêmement fragile — il fond au chalumeau — et vaut une fraction infime d’un rubis. Il doit impérativement être déclaré.
Les topazes bleues irradiées sont-elles dangereuses ?
Non, dès lors qu’elles respectent la réglementation de radioprotection, qui impose un stockage jusqu’à décroissance de la radioactivité résiduelle avant commercialisation.
Comment savoir si ma pierre est traitée ?
Le vendeur a l’obligation de vous le dire. Pour un achat significatif, demandez un rapport de laboratoire indépendant : il mentionne les traitements détectés, ou leur absence.
En partenariat

Des pierres et des créations

Découvrez le travail de France Joaillerie.

Découvrir →

Sources : CIBJO — Blue Books · GIA · réglementation française sur le commerce des pierres gemmes et des perles · voir aussi La gemmologie et Les pierres précieuses.

À lire aussi : Le corindon : rubis et saphir.