Rhodiage des bijoux en or gris
Finitions — Traitement de surface

Le rhodiage des bijoux

Le voile de rhodium qui donne à l’or gris son blanc éclatant et le protège.

L’or gris « brut » n’est jamais tout à fait blanc : il garde une nuance légèrement jaune ou grisâtre héritée de l’or. Pour obtenir ce blanc froid et miroitant que l’on associe aux bagues modernes, l’atelier dépose en surface une fine couche d’un métal rare et très blanc : le rhodium. C’est le rhodiage — un traitement de finition aussi décisif pour l’éclat d’une pièce que pour sa protection.

En bref

Le rhodiage est un dépôt électrolytique (galvanoplastie) d’une fine couche de rhodium sur un bijou. Métal du groupe du platine, blanc argenté et résistant à la corrosion, le rhodium blanchit l’or gris et le protège. L’épaisseur usuelle est de 0,75 à 1 micron sur un bijou (jusqu’à 2 µm). La couche s’use et doit être refaite périodiquement, généralement tous les 12 à 24 mois selon le porter.

Le métal

Qu’est-ce que le rhodium ?

Selon l’Encyclopædia Britannica, le rhodium (symbole Rh, numéro atomique 45) est un métal précieux du groupe du platine, d’un blanc argenté, à forte réflectivité lumineuse. Il résiste à la corrosion et au ternissement à température ambiante, ce qui le rend idéal pour le placage par voie électrolytique d’objets métalliques que l’on polit ensuite pour leur donner une surface brillante et durable. Sa dureté élevée et son point de fusion supérieur à 1 960 °C en font une barrière de surface remarquablement résistante aux micro-rayures, bien plus que l’or ou l’argent nus.

C’est aussi l’un des métaux les plus rares et les plus chers du marché, ce qui explique qu’on ne l’emploie qu’en couche micrométrique : un rhodiage ne « massif » jamais un bijou, il l’habille. Le rhodium étant inerte, il convient également aux peaux sensibles, car il isole le porteur des alliages sous-jacents (utile lorsque ceux-ci contiennent du nickel).

La technique

Le procédé, étape par étape

L’or gris est un alliage d’or jaune et de métaux blanchissants (palladium, argent, parfois nickel) ; selon le GIA, il conserve presque toujours une légère teinte jaunâtre tant qu’il n’est pas plaqué de rhodium, qui lui donne sa couleur blanche éclatante. Le rhodiage joue donc un double rôle : esthétique, en uniformisant le blanc, et protecteur, en formant une barrière contre rayures et ternissement.

La qualité du dépôt tient à la rigueur de la préparation. D’après les ressources techniques d’atelier (Ganoksin), la séquence type est la suivante :

  1. Polissage complet : le rhodium est si fin qu’il épouse le moindre défaut ; toute rayure non effacée restera visible.
  2. Dégraissage et nettoyage (eau distillée, vapeur, bain à ultrasons) pour retirer graisses et résidus de polissage.
  3. Électronettoyage : passage du courant dans un bain alcalin pour décaper la surface au niveau microscopique.
  4. Rinçage à l’eau distillée — toute contamination compromet l’adhérence.
  5. Bain de rhodium : la pièce, chargée négativement (cathode), plonge dans une solution de sel de rhodium ; le courant fait migrer le métal et le fixe en quelques dizaines de secondes à quelques minutes.
  6. Rinçage et séchage final.

Voyez aussi notre dossier sur l’or en joaillerie et le platine en joaillerie.

Comparatif

Or gris rhodié, or gris nu et argent

Critère Or gris rhodié Or gris non rhodié Argent 925
CouleurBlanc froid, très éclatantBlanc à nuance jaune/griseBlanc chaud, légèrement gris
TernissementTrès faible (rhodium inerte)Faible mais teinte qui évolueMarqué (sulfuration, noircit)
EntretienChiffon doux ; éviter abrasifsChiffon ; polissage possibleChiffon imprégné, anti-ternissement
Ré-applicationOui, tous les 12–24 moisNon (pas de placage)Non (rhodiage optionnel possible)
Tolérance peau sensibleBonne (rhodium isole l’alliage)Variable selon l’alliageBonne (925 sans nickel)

Épaisseur de rhodiage usuelle : 0,75 à 1 µm (sources techniques d’atelier).

Dans le temps

Durée et ré-application

Le rhodiage n’est pas éternel. Le GIA rappelle que la couche de rhodium s’use progressivement et qu’un re-placage occasionnel est nécessaire pour conserver l’éclat. La fréquence dépend de trois facteurs : le frottement (une bague portée chaque jour s’use plus vite qu’un pendentif ou des boucles d’oreilles), l’épaisseur déposée, et la couleur de l’alliage de base (un or plus jaune « transparaît » plus vite). En pratique, on retient une fourchette de 12 à 24 mois pour une bague de port quotidien, et plusieurs années pour une pièce peu sollicitée.

Les signes d’usure sont caractéristiques : une teinte qui jaunit aux zones de contact (intérieur d’anneau, arêtes), une perte de l’effet miroir, parfois une « ombre » plus terne. La ré-application impose de repolir puis de re-rhodier l’ensemble : on ne « retouche » pas localement, sous peine de démarcation visible. Pour prolonger le placage : mettre le bijou en dernier après crèmes et parfums, l’essuyer après usage, le retirer pour le sport, le ménage et la piscine, et le ranger à l’abri des frottements — voir l’entretien des bijoux.

Note d’atelierUn bon rhodiage commence par un polissage impeccable : le dépôt de rhodium est si fin qu’il épouse le moindre défaut. Une rayure non effacée avant le bain restera visible sous le placage. Et attention aux pierres : certaines gemmes poreuses ou traitées (émeraude, turquoise, perle) ne supportent pas les bains ; on protège ou on déserti avant rhodiage. Voir le polissage des bijoux.

Le rhodium ne change pas l’or : il l’habille d’un voile blanc qu’il faudra, un jour, renouveler.

Vos questions

Foire aux questions

Pourquoi ma bague en or gris jaunit-elle ?
La couche de rhodium s’est usée et laisse réapparaître la teinte naturelle légèrement jaune de l’or gris. Un nouveau rhodiage rétablit le blanc.
Tous les combien faut-il rhodier un bijou ?
Cela dépend du frottement, de l’épaisseur déposée et de la couleur de l’alliage ; on retient souvent une ré-application tous les 12 à 24 mois pour une bague portée régulièrement, davantage pour un pendentif.
Peut-on rhodier de l’argent ou de l’or jaune ?
Oui, le rhodium peut se déposer sur d’autres métaux pour les blanchir et les protéger ; on l’emploie aussi sur l’argent. L’usage le plus courant reste l’or gris.
Le rhodiage abîme-t-il le bijou ?
Non : c’est un dépôt de surface, réversible et renouvelable. En revanche, chaque ré-application implique un léger repolissage qui retire un infime film de métal — négligeable sur la durée de vie d’un bijou.
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Sources : Britannica (Rhodium) · GIA (White Gold) · Ganoksin (Electroplating Jewellery).