Bagues serties de gemmes colorées, pléochroïsme
Gemmologie — Optique

Le pléochroïsme : une gemme, plusieurs couleurs

Tournez une tanzanite dans la lumière : elle passe du bleu au violet, parfois au brun. Ce n’est pas un reflet — c’est une propriété du cristal, et un outil d’identification.

Certaines gemmes changent de couleur selon l’angle sous lequel on les regarde. Une iolite vire du bleu-violet au gris presque incolore d’un simple quart de tour. Ce phénomène, le pléochroïsme, n’est ni un défaut ni un reflet : c’est une conséquence directe de la structure du cristal, et l’un des indices les plus parlants au dichroscope.

En bref

Le pléochroïsme est la capacité d’une gemme anisotrope à absorber la lumière différemment selon la direction, et donc à montrer plusieurs couleurs selon l’angle d’observation. Les pierres uniaxes (rubis, saphir, tourmaline) en montrent deux : elles sont dichroïques. Les pierres biaxes (tanzanite, iolite, andalousite) en montrent trois : elles sont trichroïques. Les gemmes cubiques ou amorphes (grenat, spinelle, verre) n’en montrent aucune. On l’observe au dichroscope, et il guide aussi le lapidaire dans l’orientation de la taille.

Le principe

Pourquoi une couleur dépend de l’angle

Dans un cristal anisotrope, la lumière se scinde en deux rayons qui vibrent dans des plans perpendiculaires et traversent la pierre à des vitesses différentes. Or ces deux rayons ne sont pas absorbés de la même façon : l’un peut perdre davantage de rouge, l’autre davantage de bleu. Résultat, la couleur transmise diffère selon la direction du regard.

La règle découle de la symétrie du cristal. Les gemmes du système cubique et les matières amorphes sont isotropes : une seule couleur, pas de pléochroïsme. Les systèmes à un axe optique (quadratique, hexagonal, rhomboédrique) donnent deux couleurs — le dichroïsme. Les systèmes à deux axes (orthorhombique, monoclinique, triclinique) en donnent trois — le trichroïsme.

Exemples

Les pierres les plus pléochroïques

Quelques cas d’école, faciles à observer. La tanzanite est trichroïque : bleu, violet et un brun rougeâtre que la chauffe atténue au profit du bleu. L’iolite (cordiérite) passe du bleu-violet profond au jaunâtre presque incolore — les navigateurs vikings s’en seraient servis comme « pierre de soleil ». L’andalousite mêle vert et brun-rouge, le rubis oscille entre rouge pur et rouge orangé, la tourmaline montre un dichroïsme souvent marqué. À l’inverse, un grenat ou un spinelle reste d’une couleur constante : leur absence de pléochroïsme les distingue d’un rubis.

L’outil

Le dichroscope

Le dichroscope est un petit tube que l’on porte à l’œil, face à une source lumineuse, la pierre placée devant l’ouverture. Il montre côte à côte les deux couleurs qui s’échappent des deux rayons, ce que l’œil nu ne sépare pas. En faisant tourner la pierre, on repère les directions et l’intensité du pléochroïsme.

C’est un test rapide et non destructif, complémentaire de l’indice de réfraction et de la densité. Un pléochroïsme net élimine d’emblée toutes les pierres isotropes et les verres.

Note d’atelierLe pléochroïsme est aussi une affaire de taille. Le lapidaire oriente la pierre brute pour présenter la plus belle couleur dans la table : une tanzanite est taillée pour montrer le bleu, non le brun ; un rubis, pour le rouge le plus pur. C’est un arbitrage entre couleur et rendement, car la meilleure orientation optique n’est pas toujours celle qui conserve le plus de poids. Notre page sur la taille des pierres détaille ce compromis.

Un rubis change de rouge selon l’angle ; un grenat, jamais. Le pléochroïsme les sépare en un coup d’œil.

Vos questions

Foire aux questions

Qu’est-ce que le pléochroïsme d’une gemme ?
C’est le fait de montrer plusieurs couleurs selon l’angle d’observation, parce que le cristal absorbe la lumière différemment selon la direction. C’est une propriété des gemmes anisotropes.
Quelle différence entre dichroïsme et trichroïsme ?
Le dichroïsme, ce sont deux couleurs (pierres à un axe optique : rubis, saphir, tourmaline). Le trichroïsme, trois couleurs (pierres à deux axes : tanzanite, iolite, andalousite).
Quelle pierre est la plus pléochroïque ?
La tanzanite et l’iolite sont des exemples spectaculaires de trichroïsme. L’andalousite et la tourmaline montrent aussi un pléochroïsme très net.
Comment observe-t-on le pléochroïsme ?
Avec un dichroscope, un petit tube qui montre côte à côte les couleurs des deux rayons. On fait tourner la pierre devant une source lumineuse pour révéler les directions.
Un diamant est-il pléochroïque ?
Non. Le diamant est isotrope (système cubique) : il ne présente aucun pléochroïsme, comme le grenat, le spinelle ou le verre.
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Sources : International Gem Society — pléochroïsme · GIA · voir aussi La gemmologie, L’indice de réfraction et La taille des pierres.