
Le quartz
Améthyste violette, citrine dorée, quartz rose, œil de tigre, agate : derrière une dizaine de noms de vitrine se cache un seul minéral, le plus banal et le plus polyvalent de la croûte terrestre. Portrait d’une gemme que la joaillerie utilise depuis l’Antiquité.
Il y a quelque chose d’un peu vertigineux à comprendre que l’améthyste d’une bague de cocktail, la citrine d’un pendentif, le quartz rose d’un collier de perles et l’agate d’un camée sont chimiquement la même substance : de la silice, SiO₂. Le quartz est le deuxième minéral le plus abondant de la croûte terrestre, il compose le sable des plages et la poussière des maisons — et c’est pourtant lui qui fournit à la bijouterie sa plus large palette de couleurs. Cette abondance explique aussi son prix modeste, et le vaste vocabulaire commercial qui l’entoure, parfois franchement trompeur. Mettre de l’ordre dans la famille du quartz en joaillerie, c’est apprendre à lire une vitrine.
Le quartz est un dioxyde de silicium (SiO₂) cristallisant dans le système rhomboédrique (trigonal). Sa dureté est de 7 sur l’échelle de Mohs, sa densité de 2,65, son indice de réfraction de 1,544 à 1,553 pour une biréfringence faible de 0,009. Il est uniaxe positif, sans clivage, à cassure conchoïdale. On distingue le quartz macrocristallin (améthyste, citrine, quartz rose, quartz fumé, cristal de roche) et le quartz cryptocristallin, ou calcédoine (agate, cornaline, onyx, chrysoprase, jaspe). L’améthyste est pierre de naissance de février, la citrine de novembre.
Un minéral, deux grandes branches
La première distinction à poser n’est pas une affaire de couleur mais de taille de cristaux. Le quartz macrocristallin se présente en cristaux individuels, souvent bien formés, visibles à l’œil nu : c’est la branche du cristal de roche incolore, de l’améthyste, de la citrine, du quartz fumé et du quartz rose. Ces pierres sont transparentes à translucides et se taillent à facettes. Le quartz cryptocristallin, que l’on appelle globalement calcédoine, est au contraire constitué d’une masse compacte de fibres microscopiques : agate, cornaline, sardoine, onyx, chrysoprase, jaspe, silex. Il est translucide à opaque, se travaille en cabochon, en plaque ou en camée, et se prête à la gravure. Une même espèce minérale, donc, mais deux métiers et deux esthétiques.
L’améthyste, du fer et un rayonnement
L’améthyste doit son violet à la présence de fer dans le réseau cristallin, activé par l’irradiation naturelle du milieu géologique : ce n’est pas le fer seul qui colore, mais les « centres colorés » qu’il forme sous l’effet du rayonnement. La teinte va du lilas pâle au pourpre profond, et les plus belles pierres montrent des reflets rouges dits « de vin de Bourgogne ». La zonation de couleur est fréquente et constitue d’ailleurs un critère d’identification : l’améthyste naturelle présente souvent des bandes angulaires irrégulières que le lapidaire doit orienter avec soin pour que la table de la pierre paraisse uniforme. Son nom vient du grec amethystos, « qui n’est pas ivre » — les Anciens croyaient que la pierre protégeait de l’ivresse. Longtemps classée parmi les pierres les plus prisées, l’améthyste a vu son cours s’effondrer au XIXe siècle avec la découverte des immenses gisements brésiliens.
La citrine : le vrai, le chauffé, le mal nommé
La citrine naturelle, jaune pâle à jaune miel, est en réalité rare. L’écrasante majorité des citrines du commerce sont des améthystes chauffées : porté vers 400 à 500 °C, le violet bascule vers le jaune, l’orangé ou le brun-rouge selon le gisement d’origine et la température atteinte. Ce traitement thermique est stable, ancien et parfaitement admis dans la profession — à condition d’être déclaré. Les citrines d’un orange soutenu tirant sur le rouge, commercialisées sous le nom de « Madère », sont presque toujours obtenues ainsi. Un indice utile : la citrine naturelle est généralement d’un jaune froid et pâle, tandis que la citrine chauffée montre volontiers des nuances orangées et, en lumière transmise, un léger trouble laiteux à la pointe. Une curiosité mérite d’être signalée : l’amétrine, pierre bicolore associant améthyste et citrine dans un même cristal, produite pour l’essentiel par la mine Anahí, en Bolivie.
Panorama des principaux quartz gemmes
| Variété | Couleur / cause | Provenances réputées |
|---|---|---|
| Améthyste | Violet — fer et irradiation | Brésil, Uruguay, Zambie |
| Citrine | Jaune à orangé — souvent améthyste chauffée | Brésil, Madagascar |
| Quartz fumé | Brun à noir — aluminium et irradiation | Alpes, Écosse, Brésil |
| Quartz rose | Rose — micro-inclusions fibreuses | Brésil, Madagascar |
| Amétrine | Violet et jaune dans un même cristal | Bolivie (mine Anahí) |
| Œil de tigre | Brun doré chatoyant — fibres remplacées | Afrique du Sud |
Fumé, rose, vert : le reste de la palette
Le quartz fumé, du brun clair au noir presque opaque — on parle alors de morion —, tire sa couleur de traces d’aluminium associées, là encore, à une irradiation naturelle. Les cristaux alpins et écossais (le fameux cairngorm) ont fourni la bijouterie européenne pendant des siècles. Le quartz rose est un cas à part : sa couleur ne vient pas d’un élément dissous mais de fines inclusions fibreuses réparties dans la masse, ce qui explique son aspect laiteux et le fait qu’on le taille presque toujours en cabochon ou en boule. Ces mêmes fibres produisent, sur les meilleures pièces, un astérisme à six branches très net. La prasiolite, quartz d’un vert pâle un peu poireau, n’existe pratiquement pas à l’état naturel : elle est obtenue par chauffage d’améthystes de certains gisements brésiliens, et doit être déclarée comme telle.
Quartz à inclusions et chatoyance
Le quartz a la particularité d’emprisonner très volontiers d’autres minéraux, et la joaillerie en a fait un genre à part entière. Le quartz rutilé renferme de fines aiguilles dorées de rutile, que la tradition appelle « cheveux de Vénus » ; le quartz tourmaliné montre des baguettes noires de schorl ; le quartz à inclusions de chlorite prend des allures de paysage. Ici, l’inclusion n’est plus un défaut mais l’argument de vente, et le lapidaire oriente la pierre pour la mettre en scène. Deux variétés fibreuses complètent le tableau : l’œil de tigre, brun doré, et l’œil de faucon, bleu-gris, tous deux issus du remplacement progressif d’un amphibole fibreux, la crocidolite, par de la silice. Taillés en cabochon perpendiculairement aux fibres, ils produisent une chatoyance mouvante très caractéristique. L’essentiel de la production mondiale vient d’Afrique du Sud.
Agate, cornaline, onyx : la branche compacte
La calcédoine a nourri la glyptique depuis l’Antiquité. L’agate, calcédoine rubanée, se forme par dépôts successifs dans les cavités de laves ; l’onyx en est la variante à bandes rectilignes noires et blanches, matériau de prédilection du camée ; la cornaline orange-rouge et la sardoine brune servent depuis les Romains à graver les intailles de bagues-sceaux ; la chrysoprase, verte par le nickel, est la plus recherchée des calcédoines. Un point mérite d’être connu de tout acheteur : la teinture des agates est une pratique industrielle établie depuis le XIXe siècle, mise au point notamment à Idar-Oberstein, en Allemagne, capitale historique de la taille d’agate. La porosité de la matière permet des colorations profondes et durables ; la plupart des agates bleues, vertes ou fuchsia des vitrines sont teintes. C’est un traitement admis, mais qui doit être annoncé. Ajoutons que le brunissoir d’agate du bijoutier est taillé dans cette même matière, pour sa dureté et son grain.
Dureté 7 : le seuil qui compte
La dureté de 7 du quartz n’est pas un chiffre anodin : la poussière atmosphérique contient en permanence des particules de quartz, ce qui explique que toute gemme de dureté inférieure à 7 finisse par se dépolir à l’usage. Le quartz, lui, résiste bien aux rayures courantes. Il n’a pas de clivage, ce qui le rend confortable à tailler et à sertir, mais sa cassure conchoïdale le rend sensible aux chocs francs sur une arête vive. Sa densité de 2,65 est basse : à volume égal, une améthyste pèse nettement moins qu’un grenat ou qu’un saphir, ce qui aide déjà à trier une vitrine à la main. Son indice de réfraction modeste (1,544–1,553) explique un éclat vitreux discret, sans le feu du diamant ni le brillant du corindon. Signalons enfin une propriété étrangère à la joaillerie mais fondamentale ailleurs : la piézoélectricité, mise en évidence par Pierre et Jacques Curie en 1880, qui fait du quartz le cœur des oscillateurs de montres et d’horloges.
Synthèses, imitations et noms trompeurs
Le quartz est produit industriellement par croissance hydrothermale en autoclave depuis le milieu du XXe siècle, d’abord pour l’électronique, puis pour la bijouterie : l’améthyste synthétique existe, elle est peu coûteuse et sa séparation d’avec la pierre naturelle est l’un des exercices les plus délicats de la gemmologie — elle repose sur l’examen des macles et des figures de croissance, et relève d’un laboratoire. Le verre coloré, lui, se démasque plus facilement : bulles rondes, absence de biréfringence, toucher plus chaud. Reste la question des appellations. En France, le décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002 relatif au commerce des pierres gemmes et des perles encadre les dénominations et interdit d’employer le nom d’une espèce pour en désigner une autre : « topaze fumée », « topaze de Madère » ou « améthyste orientale » pour du quartz sont des formulations à proscrire. Le même texte réserve l’expression « pierre précieuse » à quatre gemmes seulement — le quartz n’en fait pas partie.
Une gemme généreuse, à protéger de la lumière
Le quartz se taille dans de grandes dimensions pour un prix raisonnable, ce qui en fait la matière reine des bagues de cocktail et des pendentifs de caractère. Absence de clivage et bonne dureté autorisent aussi bien le serti à griffes que le serti clos, et les grandes pierres tolèrent sans difficulté les tailles fantaisie. Une précaution s’impose néanmoins : la couleur de l’améthyste, de la citrine et du quartz fumé repose sur des centres colorés, et une exposition prolongée au soleil ou à une forte chaleur peut les affaiblir irréversiblement. On évite donc de laisser une améthyste en vitrine ensoleillée et on la retire avant un bain de soleil. L’entretien courant est simple — eau tiède, savon doux, brosse souple. Les ultrasons sont tolérés sur une pierre saine, mais à proscrire sur une agate teinte, un quartz fracturé ou une pierre à inclusions abondantes.
D’où vient le quartz de bijouterie
Le Brésil domine largement, en particulier le Rio Grande do Sul, où les géodes d’améthyste d’Ametista do Sul se comptent par tonnes, et le Minas Gerais pour le quartz rose et le quartz rutilé. L’Uruguay, dans le département d’Artigas, produit des améthystes d’un violet plus sombre et plus saturé, très recherchées. La Zambie fournit des améthystes à reflets bleutés. Madagascar alimente le marché en quartz rose et en améthyste, la Bolivie en amétrine, l’Afrique du Sud en œil de tigre, l’Inde et le Botswana en agates. En Europe, les cristaux fumés et hyalins des Alpes restent une référence pour les collectionneurs, et Idar-Oberstein demeure un centre de taille majeur, même si la matière première ne vient plus des filons locaux depuis longtemps.
Le quartz est la gemme la plus commune de la Terre : c’est précisément pour cela qu’il porte le plus de noms — et le plus de malentendus.
Foire aux questions
Améthyste et citrine sont-elles la même pierre ?
Le quartz est-il une pierre précieuse ?
Une améthyste peut-elle perdre sa couleur ?
Comment reconnaître une agate teinte ?
Le quartz raye-t-il facilement ?
Qu’est-ce que le quartz rutilé ?
La couleur en joaillerie
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À lire aussi : la topaze, autre gemme longtemps confondue avec le quartz. Voir aussi la pierre de lune, un feldspath à l’adularescence bleutée.
Sources : GIA — quartz · International Gem Society · Décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002 (Légifrance) · voir aussi Le traitement des pierres, Astérisme et chatoyance et Dureté et ténacité des gemmes, La calcédoine en joaillerie. Image : Kora27 (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0).