Boucles d'oreilles serties de diamants, haute joaillerie
Patrimoine — Place Vendôme

La place Vendôme

Un octogone de pierre de trois cents ans, devenu le centre de gravité mondial de la haute joaillerie. On en fait le tour en cinq minutes ; on n’en épuise pas l’histoire.

Quelques centaines de mètres carrés, une colonne au centre, des façades identiques percées d’arcades. La place Vendôme paraît d’une sobriété presque austère. Pourtant, derrière ces vitrines discrètes se concentre la plus forte densité de haute joaillerie au monde. Comment un ancien décor royal du XVIIe siècle est-il devenu, deux cents ans plus tard, l’adresse que tout grand joaillier rêve d’obtenir ?

En bref

La place Vendôme, dessinée par Jules Hardouin-Mansart et ouverte en 1699, fut d’abord une place royale à la gloire de Louis XIV. Au centre s’élève depuis 1810 la colonne érigée par Napoléon. La joaillerie s’y installe tardivement : Frédéric Boucheron ouvre au no 26 en 1893, suivi de Van Cleef & Arpels au no 22 en 1906 et de Chaumet au no 12. Aujourd’hui, l’octogone rassemble les plus grandes maisons du bijou.

1699

Une place royale, avant les bijoux

La place naît de la volonté de Louis XIV d’offrir à Paris un écrin monumental. Le projet est confié à Jules Hardouin-Mansart, premier architecte du roi, qui dessine un vaste octogone bordé de façades uniformes à arcades et pilastres. Ouverte en 1699, elle s’appelle alors place Louis-le-Grand et porte en son centre une statue équestre du souverain, œuvre de François Girardon. La Révolution abattra ce bronze en 1792.

Longtemps, la place accueille des hôtels particuliers, des financiers, des ministères — l’actuelle Chancellerie, siège du ministère de la Justice, y demeure encore. Le luxe qui la caractérise aujourd’hui est étranger à ses origines : c’est un décor de pouvoir avant d’être un décor de vitrines.

1810

La colonne au centre

À l’emplacement de la statue royale disparue, Napoléon fait ériger entre 1806 et 1810 une haute colonne inspirée de la colonne Trajane de Rome. Elle célèbre la victoire d’Austerlitz (1805) et se pare, dit la tradition, du bronze fondu des canons pris à l’ennemi. Une statue de l’Empereur en César la surmonte. Renversée par la Commune en 1871 — épisode qui vaudra des ennuis au peintre Gustave Courbet —, elle est relevée entre 1873 et 1875. Elle donne à la place son point de fuite et son échelle : tout, ici, s’ordonne autour d’elle.

1893

Boucheron, le premier joaillier

C’est à la toute fin du XIXe siècle que la joaillerie s’empare du lieu. En 1893, Frédéric Boucheron quitte le Palais-Royal et installe sa maison au no 26. Le choix n’est pas anodin : l’angle qu’il retient passe pour le plus lumineux de la place, et l’on raconte qu’il tenait à ce que ses pierres précieuses soient vues sous la meilleure lumière du jour. Boucheron est le pionnier ; les autres suivront.

Son geste transforme la perception du lieu. La place cesse d’être une adresse de banquiers pour devenir une vitrine du savoir-faire français, où la qualité d’une monture, la finesse d’un poinçon de maître et l’éclat d’une gemme se jugent à la devanture.

Aujourd’hui

Un octogone de vitrines

Dans les premières décennies du XXe siècle, la place se peuple des noms qui font encore sa réputation. Van Cleef & Arpels, fondée en 1906, s’établit au no 22 ; Chaumet, joaillier venu de l’Empire, occupe le no 12, dans l’immeuble où Frédéric Chopin s’éteignit en 1849. Le Ritz, ouvert en 1898 au no 15 par César Ritz, ajoute au quartier son aura d’hôtellerie de luxe.

Cette concentration a fait de « la place » un nom commun du métier : dire d’une maison qu’elle est « de la place Vendôme », c’est la ranger parmi les joailliers de premier rang. C’est aussi, pour un jeune professionnel qui rêve de devenir joaillier, l’horizon symbolique d’un savoir-faire porté à son sommet — celui où la technique d’atelier rejoint l’exception.

Note d’histoireLa rue de la Paix, qui prolonge la place vers l’Opéra, forme avec elle un même pôle du luxe : Cartier s’y installe au 13, rue de la Paix dès 1899. Place Vendôme et rue de la Paix se lisent comme un seul territoire.

Dire d’une maison qu’elle est « de la place Vendôme », c’est la ranger, d’un mot, parmi les tout premiers.

Vos questions

Foire aux questions

Qui a dessiné la place Vendôme ?
Jules Hardouin-Mansart, premier architecte de Louis XIV. La place, ouverte en 1699, s’appelait alors place Louis-le-Grand et abritait une statue équestre du roi, détruite à la Révolution en 1792.
Que représente la colonne au centre ?
Érigée entre 1806 et 1810 par Napoléon, elle célèbre la victoire d’Austerlitz (1805) et s’inspire de la colonne Trajane. Renversée sous la Commune en 1871, elle fut relevée entre 1873 et 1875.
Quel fut le premier joaillier de la place ?
Frédéric Boucheron, qui s’installa au no 26 en 1893, réputé être l’angle le plus lumineux. Van Cleef & Arpels suivit au no 22 en 1906, et Chaumet au no 12.
Pourquoi la place est-elle liée à la haute joaillerie ?
Parce que les grandes maisons s’y sont concentrées à partir de 1893, faisant de l’adresse un symbole d’excellence. « Être de la place Vendôme » désigne, dans le métier, un joaillier de premier rang.
Chopin est-il vraiment mort place Vendôme ?
Oui, au no 12, en 1849 — le même immeuble qu’occupe aujourd’hui la maison Chaumet.
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À lire aussi : Chaumet, résidente du 12 Place Vendôme depuis 1907.

Sources : Histoire de la place Vendôme et de la colonne Vendôme (patrimoine parisien) · archives des maisons Boucheron, Van Cleef & Arpels et Chaumet · voir aussi René Lalique et l’Art nouveau, Les pierres précieuses, Devenir joaillier et La maison Mellerio.