
Les ors de couleur
Or rose, or vert, or bleu : la couleur d’un or ne tient qu’à ce qu’on mêle à l’or fin. Petit voyage dans la palette de l’orfèvre.
L’or pur est jaune, toujours. Toutes les autres couleurs — le rose tendre d’une alliance, le vert d’une feuille ciselée, le gris d’un solitaire — naissent des métaux qu’on ajoute à l’or fin. Comprendre les ors de couleur, c’est apprendre à lire une recette d’alliage.
L’or 24 carats est jaune et trop tendre pour la bijouterie. On l’allie donc à d’autres métaux qui, au passage, en changent la teinte. Le cuivre donne l’or rose ; l’argent et le cuivre équilibrés, l’or jaune ; l’argent ou le palladium l’or gris ; l’argent dominant tire vers l’or vert. Les ors bleu, noir ou violet relèvent surtout de traitements de surface ou d’alliages fragiles. Le titre reste identique : un or rose 18 carats contient autant d’or fin qu’un or jaune 18 carats.
Un même or, des métaux d’appoint
En bijouterie, on travaille rarement l’or pur : trop mou, il se raye et se déforme. L’or 18 carats contient 750 millièmes d’or fin et 250 millièmes d’autres métaux. Ce quart d’alliage sert deux buts : durcir le métal et colorer la teinte. Le poinçon (750) garantit la quantité d’or, jamais la couleur.
Rose, jaune, gris, vert
Le cuivre rougit l’or : un peu donne l’or rose, beaucoup l’or rouge. L’argent et le cuivre à parts voisines maintiennent l’or jaune. L’argent ou le palladium blanchissent l’or : c’est l’or gris, souvent rhodié pour paraître parfaitement blanc. Quand l’argent domine sans cuivre, l’alliage tire vers l’or vert pâle, l’électrum des anciens.
Bleu, noir, violet : prudence
Les ors « exotiques » sortent du registre des alliages classiques. L’or violet (composé or-aluminium) et l’or bleu (or-indium ou or-gallium) sont des intermétalliques cassants, réservés à de petits éléments sertis, pas à une bague entière. L’or noir résulte le plus souvent d’un traitement de surface (rhodium noir, dépôt PVD) qui s’use avec le temps.
Le cuivre, du rose tendre au rouge franc
La teinte de l’or rose ne dépend que de la proportion de cuivre. Autour de 4 à 5 % de cuivre dans un or 18 carats, on obtient un rose pâle et poudré ; au-delà de 8 à 9 %, la nuance vire au rouge cuivré, l’« or rouge » cher aux orfèvres russes. Un soupçon d’argent adoucit le ton et l’empêche de trop tirer sur l’orangé. Le cuivre a un autre effet : il durcit l’alliage, ce qui rend l’or rose légèrement plus résistant à la déformation qu’un or jaune de même titre. En contrepartie, un or très chargé en cuivre peut, à très long terme, se ternir en surface ; un simple nettoyage lui rend son éclat. C’est une teinte stable, qui ne se rhodie pas et ne s’use pas : le rose vient de la masse du métal, jamais d’un traitement de surface.
Blanchir l’or : du nickel au palladium
Rendre l’or blanc suppose de neutraliser sa couleur jaune naturelle, et deux écoles coexistent. Le blanchiment au nickel donne un or gris dur et bon marché, mais le nickel est un allergène : la réglementation européenne encadre strictement sa libération au contact de la peau. Le blanchiment au palladium, voisin du platine, coûte plus cher mais donne un blanc plus doux et hypoallergénique ; voir le palladium en joaillerie. Aucun de ces alliages n’est parfaitement blanc : la plupart des ors gris sont donc rhodiés, une fine couche de rhodium leur donnant l’éclat froid du platine. Ce placage s’use en un à trois ans selon le port et se refait en atelier. Qui veut éviter cet entretien peut se tourner vers le platine massif, naturellement blanc et inaltérable, ou vers un or gris au palladium laissé non rhodié, au ton plus chaud.
L’or vert et l’électrum des Anciens
L’or vert n’est pas un caprice moderne : c’est l’électrum, alliage naturel d’or et d’argent que les Lydiens frappaient déjà en monnaie au VIᵉ siècle avant notre ère. Quand l’argent domine l’alliage sans cuivre, l’or prend une teinte vert pâle, discrète, presque jaune-citron. On l’obtient aujourd’hui avec des titres élevés (18 carats et plus) pour préserver la nuance. Sa couleur douce se prête aux motifs végétaux et aux feuillages ciselés, où elle imite la teinte d’une feuille. Comme l’or rose, l’or vert tient sa couleur de sa masse : il ne demande aucun traitement de surface et ne se ternit pas. Rare en bijouterie courante, il reste un choix d’orfèvre pour qui cherche une nuance hors du trio jaune-gris-rose.
Quelle couleur d’or pour quel bijou ?
Le choix d’une teinte n’est pas qu’esthétique. L’or jaune, classique, met en valeur les pierres chaudes et les diamants légèrement teintés. L’or gris et le platine subliment un diamant blanc et s’accordent à un style contemporain. L’or rose, flatteur sur la plupart des carnations, patine joliment avec le temps. Rien n’interdit de les mêler : le « trois ors » et les bijoux bicolores jouent de ces contrastes, tout comme le mokume-gane, qui feuillette les métaux comme un bois précieux. Côté valeur, un poinçon 750 garantit la même quantité d’or fin quelle que soit la couleur : à titre égal, un or rose et un or gris se revendent au même cours. Pour un achat responsable, on peut enfin demander un or recyclé ou tracé, un sujet développé dans l’or éthique.
La couleur d’un or ne dit rien de sa richesse en or fin : elle raconte seulement ce qu’on y a mêlé.
Foire aux questions
L’or rose contient-il moins d’or que l’or jaune ?
Pourquoi l’or gris jaunit-il avec le temps ?
L’or vert existe-t-il vraiment ?
Les ors bleu et violet sont-ils solides ?
Qu’est-ce que le « trois ors » ?
Peut-on porter de l’or gris quand on est allergique au nickel ?
L’or rose se démode-t-il ?
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Sources : GIA — alliages d’or coloré · International Gem Society · voir aussi L’or en joaillerie, Le rhodiage et Le vermeil et le plaqué or. Image : Liesbeth busman (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0).